mardi 16 octobre 2007

Découvrir le Chemin des Dames...


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Les lieux de mémoire des unités combattantes

Très vite après la fin de la guerre, le Chemin des Dames a accueilli des monuments rendant hommage à un corps de l'armée, à une division. Ce sont les "anciens" et les familles qui se sont cotisés pour élever de tels monuments :
  • Le Monument des Crapouillots

Ce monument datant de 1933, visible de la RN2, rend hommage au corps de l'artillerie de tranchée.

L'évocation est double : le monument prend la forme d'une torpille avec les ailettes caractéristiques de ce type d'artillerie et le bas-relief en son sommet montre un artilleur en train de tirer une telle torpille.
Le monument est atteint en juin 1940 par les bombardements allemands : il est alors reconstruit après le conflit et de nouveau inauguré en 1958.
Il a été encore récemment endommagé par la foudre : l'arrière s'est effondré.

  • Le Monument des Basques

Le monument a été construit en 1928 grâce à une souscription dans les départements du Sud-Ouest. Il domine la vallée de l'Aisne, du haut de sa position stratégique sur le saillant séparant Oulches de Craonnelle.
Il s'agit sans doute du monument commémoratif le plus atypique.
Contrairement aux règles du genre, aucune heroïsation des combattants. Le sculpteur, Claude Grange, a en effet décidé de représenter le Basque en costume traditionnel et non en tant que combattant.

La 36e division dont il est ainsi rendu hommage, s'est en effet illustrée sur cette partie du Chemin des Dames.
Ce sont les hommes de cette division qui ont été lancés le 4 mai 1917 pour reprendre Craonne puis le 5, qui ont reconquis une partie du plateau de Californie.
Ce sont aussi des hommes de cette division que l'on veut faire remonter en première ligne fin mai : en réaction, plusieurs d'entre eux décident de désobéir. C'est ce que l'on appelle une mutinerie, il s'agit en fait d'une forme de grève des tranchées.
5 soldats seront condamnés à mort, un sera gracié et un autre, Vincent Moulia, parviendra à s'échapper.

Les lieux de mémoire collective

Ces lieux rendant hommage à l'ensemble des combattants lors des batailles du Chemin des Dames, n'apparaissent qu'après la Seconde guerre mondiale. Au regard de ce nouveau conflit, il apparaît urgent pour les anciens combattants de sortir la Première guerre mondiale de l'oubli, de rappeler les conditions dans lesquelles étaient lancées des offensives comme l'offensive Nivelle.

  • Le mémorial du Chemin des Dames à Cerny-en-Laonnois

C'est au niveau de l'ancienne sucrerie de Cerny, théâtre de nombreux combats, qu'a été érigé le mémorial, à l'intersection entre la RD 18 CD et la D967. Cet ensemble comprenant une petite chapelle en pierre de facture très classique et une Lanterne des morts à l'architecture plus moderne (structure en béton, néons apparents) a été construit à l'initiative de l'abbé Herlem et avec le soutien de l'association d'anciens combattants UNC, entre 1948 et la fin des années 1960 (pour la Lanterne). Il s'agit donc d'une initiative privée mêlant recueillement religieux (la chapelle) et hommage symbolique (Lanterne des morts).

La chapelle accueille de nombreuses plaques commémoratives données par les anciens de différentes unités combattantes. A noter la plaque dévoilée en 1983 par Léopold Sédar Senghor et dédiée aux Sénégalais. Dans cette chapelle, la souffrance du combattant est assimilée à celle du Christ dans une toile surplombant l'autel.

  • Le monument des "Marie-Louise"

Cette sculpture est située à l'endroit le plus stratégique du plateau : au niveau de l'isthme d'Hurtebise, c'est-à-dire là où le plateau est le plus étroit et donc où la distance entre les vallées de l'Aisne et de l'Ailette est la plus courte. Maxime Real del Sarte réalisa cette oeuvre en 1927 pour remplacer un monument plus ancien célébrant la bataille de Craonne de 1814. Il s'agit d'une des dernières victoires de Napoléon Ier : il parvient à mettre en déroute les armées coalisées (russes et prusses) mais au prix d'un bilan meurtrier. On compte 5400 morts ou blessés du côté français. Les soldats n'ont pour la plupart que peu d'expérience du front : ce sont des jeunes recrues, les Marie-Louise.

Le monument de Real del Sarte reprend l'hommage aux Marie-Louise mais il rajoute un hommage au poilu. Dans un mouvement symétrique, les deux soldats portent le drapeau et la couronne de lauriers. On est donc en plein dans l'exaltation patriotique. Le combat des poilus est assimilé à celui des Marie-Louise, la continuité est soulignée par les deux dates 1814-1914 et la symétrie est renforcée par le V formé par les armes.

  • Sculpture "Ils n'ont pas choisi leur sépulture"

Cette oeuvre de Haïm Kern domine la route, sur le plateau de Californie. Le point de vue sur la vallée est ici superbe. Le plateau de Californie tenu par les Allemands le 16 avril 1917 fut particulièrement disputé et bombardé. Il est classé en zone rouge à la fin de la guerre : interdiction est faite d'y reconstruire, d'y habiter et de cultiver. Aujourd'hui encore le plateau appartient à l'Etat et est géré par l'ONF.

La sculpture est une commande de l'Etat à l'occasion du quatre-vingtième anniversaire de l'armistice. Haïm Kern a emprisonné des têtes d'hommes, toutes semblables, dans un puissant grillage faisant écho aux branches des conifères alentour. Les reflets cuivrés évoquent les tenues bleues horizon tandis que les mailles font penser à un écheveau de barbelés. Haïm Kern a ainsi voulu montrer que ce sont les hommes qui se retrouvent victimes de l'Histoire.

L'inauguration de cette oeuvre en 1998 fit grand bruit : c'est à cette occasion que Lionel Jospin, premier ministre, demanda à ce que les mutins "réintègrent" la mémoire nationale. Depuis, l'oeuvre est confondue avec les propos du premier ministre et a été vandalisée par des extrémistes.

  • La Constellation de la Douleur

Ensemble de 9 statues géantes en bois inaugurées le 22 septembre 2007 près de la Caverne du Dragon. Les détails sur cette oeuvre sont ici.

La Caverne du Dragon

La Caverne est un lieu particulier du Chemin des Dames. Il s'agit d'une creute, c'est-à-dire une carrière creusée dans le flanc du plateau, située en rebord du plateau. Cette creute a joué un rôle particulier lors de la Première Guerre Mondiale du fait de sa position stratégique : la creute s'ouvre largement sur la vallée de l'Aisne et elle se situe à proximité de l'isthme d'Hurtebise.


Suite à la bataille de la Marne, les Allemands se sont repliés sur le plateau du Chemin des Dames qui domine au Sud la vallée de l'Aisne. Les offensives françaises et anglaises du 13 au 15 septembre 1914 pour les déloger du plateau furent un échec : les Allemands contrôlent le plateau. C'est pour conforter leur position que les Allemands attaquent et s'emparent de la Caverne du Dragon (que l'on appelait alors la Caverne de la Creute) le 25 janvier 1915. Désormais ils surplombent les lignes françaises. Seul inconvénient : la Caverne peut devenir une souricière en cas d'offensive française. L'armée allemande entreprend alors de relier cette Caverne aux lignes plus en arrières en creusant un tunnel qui traverse le plateau. La Caverne est alors plus qu'un abri, elle devient une position forte. Les munitions, les renforts et la nourriture arrivent désormais sans encombres en première ligne. La Caverne est aménagée pour en faire un lieu de vie : on tire des fils électriques et téléphoniques, on y fait venir l'eau, on aménage une chapelle, des cuisines... Le nom de Caverne du Dragon viendrait peut-être des nids de mitrailleuses installées à l'entrée de la Caverne : ces mitrailleuses évoqueraient les naseaux enflammés du Dragon.

La Caverne est reprise un peu par hasard à la suite des offensives de 1917. Les Français contrôlent en juin 1917 une partie de l'isthme d'Hurtebise. Une offensive est préparée pour conforter les positions françaises. C'est à l'occasion de cette attaque menée par la 164ème division d'infanterie que les Français découvrent le tunnel qui conduit à la Caverne et prennent au piège les Allemands.

La prise de la Caverne du Dragon est fêtée comme une grande victoire nationale. Le nom évocateur de la Caverne du Dragon est alors popularisé par les communiqués militaires au même titre que Craonne.

C'est donc tout naturel qu'après-guerre la Caverne attire un "tourisme des tranchées". Elle devient un musée en 1969 sous l'impulsion de l'association, liée à l'UNC, Le Souvenir français. Enfin, en 1995, le Conseil général de l'Aisne devient propriétaire des lieux et passe commande à l'architecte iranienne Nasrine Seraji d'un pavillon d'accueil.

L'objectif est de faire de la caverne du Dragon un espace muséographique alliant scénographie contemporaine, lieu de mémoire et espace pédagogique. Le pavillon d'accueil est caractérisé par un toit flottant s'intégrant dans l'horizontalité du paysage. Cette légèreté du bâtiment est renforcée par la structure sur pilotis et la passerelle de caillebotis qui permet d'atteindre l'entrée. Les matériaux utilisés renvoient directement à la guerre : le béton armé côté route évoque les bunkers tandis que le caillebotis rappelle les planches qui couvraient le fond des tranchées. Du côté de la vallée de l'Aisne, c'est le verre qui domine pour mettre en avant le point de vue superbe qu'avaient les occupants de la Caverne.

La visite de la Caverne (à faire absolument) est guidée : il convient donc de réserver.

Les ruines de la guerre

Le paysage est encore considérablement marqué par la guerre : le relief sur le plateau de Californie est encore vérolé par les trous d'obus, entaillé par des vestiges de tranchées. Plus impressionnants encore sont les sites détruits par la guerre.

  • L'ancien village de Craonne

Ce village rendu célèbre par les communiqués militaires et par la chanson éponyme, était le chef-lieu du canton avant guerre. Dès le début de la guerre, le village est occupé par les Allemands et les habitants sont déplacés plus au Nord. Craonne se trouve entre les lignes allemandes et les lignes françaises et devient un enjeu crucial pour la maîtrise du plateau de Californie.

Craonne est attaquée le 16 avril 1917 par la 1ère division d'infanterie (qui comprend le 1er RI, le 233ème RI et le 201ème RI) qui se trouve bloquée au pied du village. Emile Carlier, soldat au 127ème régiment, témoigne :

Le 201è est relevé après être resté quelques heures seulement en ligne.
L'emplacement occupé par ce régiment est marqué au loin par la grande tâche
bleu horizon de centaines de cadavres amoncelés au même endroit.

C'est lors d'une deuxième offensive, le 4 mai, que le village est repris par
la 36ème division d'infanterie au prix de lourdes pertes.

Le village ne ressemble plus alors à grand-chose. Il a particulièrement souffert de la préparation d'artillerie précédant le début de l'offensive Nivelle : en avril-mai 1917, les caves des maisons émergent des gravats et constituent des abris précaires pour les combattants.

Aujourd'hui encore, les seuls vestiges du village sont ces entrées de cave et les fondations de l'église. Le site a été replanté pour en faire un arboretum mais les arbres ont souffert des orages du printemps 2007. Un nouveau projet d'aménagement devrait être réalisé.

  • Les ruines de l'Abbaye de Vauclair

Paysage le plus romantique du secteur : de beaux restes d'une grande abbaye cistercienne du XIIème siècle s'étalent sur une pelouse verte au coeur de la forêt de Vauclair, en contrebas du plateau du Chemin des Dames en direction de l'Ailette. Derrière l'abbaye, le jardin des moines et à côté, un verger planté de poiriers et de pommiers. Nombreux sentiers de balades dans les alentours.

L'abbaye a été grandement endommagée par les bombardements de 1917 : 5 millions d'obus sont en effet tombés sur le secteur du Chemin des Dames entre le 6 et le 16 avril 1917.

Les cimetières militaires

Il faut rentrer dans les cimetières militaires parce qu'il y règne une atmosphère particulière : l'alignement des stèles dit l'égalité face à la mort, l'espace occupé par les morts rappelle le nombre des pertes, le silence y est porteur de sens et enfin la diversité des tombes évoque l'apport des troupes coloniales, russes, belges...

Pour plus d'informations sur les cimetières et les tombes, il faut aller visiter le Mémorial virtuel du Chemin des Dames.

  • Le cimetière de Cerny-en-Laonnois

Face au mémorial, il s'agit d'un cimetière double : au bout du cimetière français, un passage permet d'accéder au cimetière allemand. A noter les tombes musulmanes et russes dans le cimetière français, les tombes juives dans le cimetière allemand.

  • Le cimetière de Craonnelle

Ce cimetière offre un point de vue sur la vallée de l'Aisne. Les croix semblent gravir les pentes comme les vignes sur les terrains alentours. A noter un certain nombre de tombes britanniques. En effet, les Britanniques préféraient enterrer leurs hommes à proximité de l'endroit où ils sont tombés, d'où un éparpillement des tombes britanniques plutôt que de gros cimetières.

  • Les cimetières de Soupir

Le plus vaste ensemble de cimetières du Chemin des Dames. On y trouve des sépultures de toutes les nationalités : belges, italiennes, habitants du Commonwealth et bien sûr françaises, britanniques et allemandes.

5 commentaires:

Anonyme a dit…

Bonjour, je viens de trouver votre blog,qui force le respect,en souvenir de tout ces morts,dont mon grand père tué sur la somme en 1915. Et j'ai une question a vous poser...j'ai entendu dire, qu'il y avait une tranchée des baillonettes..ou se trouve elle??? merci de me répondre.

salson a dit…
Ce commentaire a été supprimé par son auteur.
Anonyme a dit…

Bonjour,
Je découvre votre blog, intéressant, émouvant, et fidèle à ce site imprégné d'autant de folie meurtrière des hommes. Je voudrais apporter une précision sur la question précédente, la tranchée des baïonnettes n'est pas un site du Chemin des Dames, mais un site de la bataille de Verdun (10 Juin 1916). Elle est située à l’ouest du fort de Douaumont, aujourd’hui une énorme dalle est suspendue au dessus de cette tranchée pour commémorer les soldats ensevelis par l’explosion d’un tir d’obusier de 305 et dont on voit les baïonnettes surgir de la terre.

R.GUINET a dit…

Je me bats depuis plusieurs années avec le ministère pour faire remettre en état le cimetière de Soupir N° 2 (1914-1940) où mon Père est enterré (1940)
Après plusieurs courriers et visites de « contrôles » ce sera terminé durant 2009.
Les sépultures nationales sont là pour rappeler à toutes les générations futures les sacrifice de nos Pères pour que nous restions libres. Leur présence leur montrera aussi toute l’horreur des guerres et les invitera à œuvrer pour la Paix

R.GUINET a dit…

la tranchée des baionnettes se trouve à coté de verdun et sa visite n'est pas spectaculaire comme on pourrait le penser